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Presque rien avec Luc Ferrari

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Entretiens avec Luc Ferrari

Editions Main d’œuvre - 2002
Traduit et édité en Japonais - 2006
Traduit et édité en Anglais - 2011

224 pages
ISBN-10 : 2911973046
ISBN-13 : 978-2911973048

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Quatrième de couverture :

Luc Ferrari est un des plus inventifs et des plus singuliers musiciens de ces quarante dernières années. Après avoir réalisé ses premières pièces d’écriture sérielle, il est devenu un pionnier de la musique concrète en participant aux débuts du Groupe de Recherches Musicales fondé par Pierre Schaeffer. Dès 1963 il effectue, avec « Hétérozygote », une notable rupture en composant à partir des sons du quotidien. En 1967 il réalise son premier « Presque rien ». Ces œuvres innovantes influenceront plusieurs générations de compositeurs. Pourtant, tout au long de son parcours, Luc Ferrari aura refusé l’instauration d’un itinéraire préétabli, d’un procédé, d’une théorie. Il aime trop les rencontres imprévues, les télescopages d’images sonores empruntées à la vie, les interventions électroniques inattendues, les compositions instrumentales bousculées. Il aime trop franchir les frontières entre musique, son, documentaire, art radiophonique, Hörspiel, théâtre musical, film… Il aime trop le jeu, l’humour, l’expression de l’intimité, de la sensualité, et la déviation perverse des courants musicaux tels que l’aléatoire ou le minimalisme…

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Introduction :

Luc Ferrari est passé par tous les foyers d’insurrection, toutes les idéologies musicales du second demi-siècle, et il a réussi le tour de force d’en sortir parfaitement indemne. C’est tout naturellement qu’il s’engage, aujourd’hui encore, dans de nouvelles aventures. Dans la musique contemporaine, on ne sait trop quelle place donner à ce compositeur « décalé » qui semble s’ingénier à paraître léger, frivole et désinvolte, alors que, pour l’auditeur attentif, chacune de ses œuvres est tout au contraire une invitation à la réflexion. L’unanimité se fait cependant sur un point : un charme indéfinissable émane de cet art des sons. Ce créateur singulier qui bouscule les certitudes, qui passe d’un domaine à l’autre en culbutant les frontières et les interdits musicaux, qui affiche dans nombre de ses œuvres des notions d’humour, d’intimité et de sensualité que d’aucuns jugent indignes de la musique « sérieuse », cet homme toujours changeant, j’ai tenté de le suivre pas à pas tout au long de son parcours multiple…

Après avoir pris des cours avec Alfred Cortot et Arthur Honegger et reçu des leçons d’analyse musicale d’Olivier Messiaen, c’est tout jeune homme qu’il eut le désir de rencontrer Edgar Varèse, ce qu’il fit en se rendant à New York en cargo. Cette rencontre importante ne l’empêchera pas d’interroger avec enthousiasme l’organisation particulière des notes dans le sérialisme instauré par Schoenberg, avant de devenir un pionnier de la musique concrète aux côtés de Pierre Schaeffer et Pierre Henry au Groupe de Recherches Musicales. Il sera le premier à rompre avec l’orthodoxie de la déformation des sons dans la musique concrète en inaugurant – notamment avec « Hétérozygote » ( 1964 ) - des superpositions et des télescopages d’images sonores empruntées à la vie, initiant ce qu’il appellera « musique anecdotique », ce que d’autres reprendront plus tard sous la dénomination de « paysage sonore ». En 1968, il réalisera la première de ses œuvres minimalistes de référence que sont les « Presque Rien ».

Conjointement à ses recherches électroacoustiques, Luc Ferrari a mené, par ailleurs un vaste travail de composition de musique instrumentale : depuis les pièces pour piano (1952-56), jusqu’aux compositions pour grand orchestre (1966), en passant dès 1963 par de nombreuses oeuvres mixtes -instrumentales et bandes magnétiques - jusqu’à « Jeu du hasard et de la détermination » de 1999. Intéressé par tout ce qui permet d’échapper au strict domaine de la musique, sa curiosité l’entraîne du côté des images : il réalise des films tels que celui sur les « Momente » de Stockhausen, ou encore l’ « Hommage à Varèse » ( 1965-1966 ). Intrigué par la création d’images mentales qui peuvent surgir dans l’intimité des auditeurs lorsqu’ils écoutent une émission radiophonique, il compose en 1971 son premier Hörspiel pour la S.W.F. de Baden-Baden. Au cours des années 80, il s’engage dans des expériences de théâtre musical…
Luc Ferrari récuse l’instauration de tout itinéraire pré-établi, de tout procédé comme de tout système ou doctrine artistique. Ce qui lui importe, c’est de fuir l’académisme avant même qu’il ne s’installe, c’est de refuser toute crispation sur une idéologie donnée, c’est de maintenir fermement sa démarche libertaire. Son refus s’étend également à toute approche mystique, que celle-ci soit d’ordre religieux ou attachée à un concept esthétique. Son seul credo consiste en un positionnement hors de tout enfermement, dans la liberté et la disponibilité…

Du foisonnement de directions musicales qui caractérisent son oeuvre, je discerne pour ma part au moins trois constantes et deux attitudes fondamentales.

La première constante est l’attention passionnée portée aux sons du quotidien, que ceux-ci soient à résonance sociale, psychologique ou sentimentale. Elle lui aura permis la mise en jeu de subtiles organisations musicales telles que celles du « Presque rien n°1, ou le lever du jour au bord de la mer » de 1968, jusqu’à des œuvres récentes telles que les « Far West News » de 1999.

La seconde constante est l’utilisation du hasard sous une forme personnelle, très différente de celle de John Cage. Luc Ferrari aura affectionné l’utilisation de cycles aléatoires superposés – loin de la radicalité machiniste de la musique répétitive américaine - qui permettent par le jeu de leurs rencontres fortuites et de leurs frottements imprévus, le surgissement de richesses musicales inattendues. Ce concept, il le nommera ironiquement « Tautologie » ( le concept de Toto…). A partir de la pièce initiatique « Tautologos I » (1961), le principe tautologique sera très efficient dans toute son œuvre.

La troisième constante est l’introduction réitérée de l’intime, du sensuel, ce qui, dans un domaine musical plutôt tourné vers l’abstraction et la rigueur, aura été totalement détonnant. Nous trouvons ces éléments dans « Presque rien n° 2 - ainsi continue la nuit dans ma tête multiple » de 1977, aussi bien que dans la « Symphonie déchirée » de 1998.

Quant aux deux attitudes, la première pour laquelle il éprouve un penchant marqué est celle du jeu. Chez lui, l’acte musical est jeu : jeu du hasard, jeu irrévérencieux, jeu sérieux, jeu parfois grave, et le plus souvent jeu pervers.
La seconde attitude consiste en un refus obstiné de tout pouvoir. Qu’est-ce qui peut conduire un artiste ayant trouvé des concepts aussi forts que ceux des « Presque Rien » à ne pas les exploiter, à ne pas se faire reconnaître comme le fondateur d’une nouvelle esthétique, alors même que celle-ci aura influencé de nombreux autres compositeurs ? Pourquoi refuser d’occuper cette position ? Pourquoi ce rejet de toute position stable vis-à-vis des institutions ? Pourquoi tant aimer déjouer le sérieux par la dérision ? Est-ce perversion ? Doute profond ? Goût de l’écart ? Tout ceci probablement, associé au refus de se retrouver en position de leader : il faudrait alors avoir raison, ce qui reviendrait à exercer une certaine forme de pouvoir et cela, philosophiquement, il ne peut l’accepter.

Dans leurs développements, les préoccupations de Luc Ferrari ont été fréquemment en proximité avec celles des courants artistiques qui se sont déployés aux mêmes moments dans d’autres domaines. Ses « Presque Rien » sont proches de l’univers de l’« Infra-Ordinaire » d’un Georges Perec, ainsi que des préoccupations du Nouveau Roman. Avec ses œuvres qui utilisent les sons de la vie, il côtoie l’emploi de la caméra stylo par la Nouvelle Vague. Il est également en proximité avec le travail des peintres hyperréalistes qui magnifiaient une esthétique du quotidien. Lorsqu’il se raconte dans ses œuvres, il s’approprie d’une certaine façon la démarche de peintres qui exécutent des séries d’autoportraits. Ces transpositions de ce qui était accepté dans une discipline et refusé dans une autre sont d’ailleurs apparues à certains comme quasi-blasphématoires. Maintes fois, sa démarche l’a fait passer pour un provocateur, ce qu’il récuse : il ne s’agissait nullement pour lui de provoquer, mais seulement d’explorer là où cela lui semblait nécessaire.

Son parcours ne s’apparente donc pas, comme celui de certains créateurs radicaux, à une ligne droite, mais plutôt à une profusion de points en mouvement, reliés les uns aux autres par un entrecroisement de lignes transversales. De l’ensemble de ses œuvres, se dégagent d’autres traits dominants tels que le goût du libre passage entre fiction et réalité, celui de l’irrévérence, celui d’une désinvolture réfléchie… Sans doute, cet homme aura trop aimé l’humour, le jeu, l’anecdotique, l’intimité et la sensualité pour qu ‘on ne lui en fasse pas parfois grief en certains lieux musicaux. Ce sont pourtant ces prises de position qui ont fondé la cohérence de son cheminement.

Jacqueline Caux

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Luc Ferrari - Notice biographique :

Né à Paris en février 1929. En même temps qu'il fait des études de piano au conservatoire et autres écoles, il commence à composer dès 1946. Il fréquente Darmstadt à partir de 1952, et ses oeuvres instrumentales sont jouées à Darmstadt, Paris et Cologne, au festival "Musik der Zeit". Mariage en 1959 avec Brunhild Meyer-Tormin. Il entre au Groupe de Musique concrète en 1958 et y reste jusqu'en 1966. Collaboration avec Pierre Schaeffer à la création du Groupe de Recherches Musicales (1958-59): activités pédagogiques, série d'émissions sur la musique concrète (1959-60), direction de recherche et direction artistique d'un petit ensemble dont le chef est Constantin Simonovich; recherche instrumentale individuelle et d'ensemble (1961-62). Prise de son, illustration musicale et co-réalisation d'une série d'émissions de télévision, "Chaque pays fête son grand homme" (1965). Professeur de composition à la Rheinische Musikschule de Cologne (1964-65). Réalise en 1965 et 1966, avec Gérard Patris, pour la télévision une série de films sur la musique contemporaine, "Les Grandes Répétitions" (Olivier Messiaen, Edgar Varèse, Karlheinz Stockhausen, Hermann Scherchen, Cecil Taylor). Professeur de musique expérimentale à Stockholm (1966). Séjour d'un an à Berlin, invité par le DAAD (1967). Responsable musical à la Maison de la Culture d'Amiens (1968-69). En 1972, il crée le studio "Billig", modeste atelier d'électroacoustique. En 1982, il fonde l'Association "La Muse en Circuit", studio de composition électroacoustique et de création radiophonique, dont il se sépare en 1994. En 1995, rétrospective de ses oeuvres en « un Parcours Confus » à travers les Pays-Bas. En 1996, il construit son propre home-studio qu'il nomme Atelier post-billig. En 1997, tournée de conférences et de concerts en Californie. En 1998, il voyage dans le sud-ouest américain comme chasseur de son ambulant et réalise une série de compositions radiophoniques intitulée « Far West News », produite par la Radio hollandaise NPS. En 2001 il effectue une tournée de concerts aux Etats-Unis. En 1972, Karl Sczuka-Preis pour son hörspiel « Portrait-Spiel », (Production Südwestfunk, Baden-Baden). Pour sa composition « Et si tout entière maintenant », Luc Ferrari a obtenu en 1987 le Prix Italia, en 1988, à nouveau le Prix Karl Sczuka pour son hörspiel « Je me suis perdu ou Labyrinthe Portrait », en 1989 le Grand Prix national du Ministère de la Culture, en 1990 le Prix de la Fondation Koussevitzky pour sa pièce symphonique « Histoire du plaisir et de la désolation » et, en 1991 pour la seconde fois le Prix Italia pour son hörspiel « L'Escalier des aveugles ».

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Presse :

> Itinéraires - par J.R. - Le Monde de la Musique - juillet-août 2002 - n°267
> Cinéma pour les oreilles - par Joseph Ghosn
Les Inrockuptibles - 14 au 20 août 2002 - n°351
> Du concret - par Stéphan Vincent-Lancrin - Classica - été 2002 - n°44
> (Presque rien) avec Luc Ferrari - par Franck Mallet - art press - juin 2002 - n°280

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